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Il faut le voir, la guitare dans une main, l’accordéon dans l’autre, traverser les corridors et se faire héler par les résidents de cet EMS transformé soudainement en Etablissement Musico-Social.

Si d’aucuns semblent un peu hésitants, comme surpris par une pluie d’orage qui, au final, se révélera souvent chaleureuse et bienfaisante, il est attendu comme le Messie par beaucoup.

C’est pourtant peu de choses une note, mais c’est tellement pour certains. Un cadeau sans prix quand les visites sont devenues rares dans une vie bercée d’ennui et de solitude, quand la vie vous a abîmé et vous a déposé là, dans ce qui sera souvent votre dernier chez vous.

Tout d’abord tisser le lien, ou le recréer quelques fois, quand la mémoire s’en est allée dans un lointain  passé, inviter au voyage musical avec une tendre bienveillance. S’improviser ici ou là aide-soignant en déposant une couverture sur un corps frissonnant ou en dépannant une télévision qui refuse d’obéir à sa patronne.

Les murs tapissés de quelques rares décorations ou, dans la chambre voisine, débordants d’une multitude de cadres avec les photos des enfants, des petits-enfants et des arrière-petits-enfants ou d’un lointain mariage avec un homme qui a quitté cette terre depuis bien trop longtemps.

Fermer une porte, en rouvrir une autre, quelques mètres plus loin, c’est autant de vies différentes qu’on laisse derrière soi, des vies tellement remplies qu’elles nous submergeraient presque. Partager avec un ancien une partie de son existence, quand la chanson en italien a fait ressurgir un souvenir de ses origines, enfoui au plus profond de son cœur. Laisser derrière soi un mouchoir un peu humide, qui a essuyé quelques larmes perlant pudiquement au coin de l’œil, quand la douceur d’un air les a envahis.

Un riche partage durant lequel on rit, on fredonne, on pleure parfois. Mais qui incite à la danse aussi. Il faut les voir ces grands-mamans, les yeux plantés dans le regard du musicien qui leur raconte La Montagne, les Champs-Elysées, l’Italiano ou le Sud. Une écoute attentive, bien dissimulé sous la couette, dont n’émerge parfois plus qu’une mèche de cheveux. Les doigts accrochés au duvet ou les lèvres qui tentent de balbutier quelques paroles oubliées.

C’est tout ça, Les Notes Pétillantes. Mais surtout une bouffée d’air frais, un petit coin de ciel bleu dans une journée qui n’en finit plus de durer. Une parenthèse musicale, douce et poétique, tellement bienvenue dans un quotidien qui s’embrume et ravive la mélodie d’une époque où l’on était encore bien.

On n’en ressort pas indemne de ces visites musicales en chambres. Des images intenses, le cœur rempli d’émotion et parfois la tête couverte d’un joli bonnet préparé avec amour par une pensionnaire.

Il faut les voir ces regards qui s’illuminent, ces yeux qui pétillent, ces larmes retenues, ces lèvres qui remuent et ces pieds qui trépignent.

Je les ai vus et j’ai compris toute l’importance que la musique peut revêtir dans une vie.

 

Najia Boucard

Amie et membre des "Notes Pétillantes"