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On est à mi-décembre, le temps est froid et triste. Les gens courent dans tous les sens, c’est la traque aux cadeaux de Noël, la course aux apéros et repas de fin d’année, et à toutes les choses qu’il faut vite finir avant la fin de l’année (pourquoi d’ailleurs ?).

 Lionel, musicien de l'association Les notes Pétillantes, arrive, il est bien chargé… Il prend l’ascenseur des appartements protégés du parc Vertou. L’immeuble est flambant neuf, mais ses habitants le sont beaucoup moins. Parvenu au 3ème étage, après un certain temps -l’ascenseur va à la vitesse des habitants de la maison-, il sonne. Un monsieur qui semble fatigué mais dont l’esprit est encore vif vient lui ouvrir. Il est suivi de son épouse, 95 ans, qui se demande qui est-ce que ça peut bien être. Ils sont mariés depuis presque 68 ans.

Depuis quelques mois, elle dit qu’elle a la tête « toute drôle », la démence sénile gagne progressivement du terrain. Elle répète plusieurs fois « mais qu’est-ce qu’il fait ce monsieur ? », Lionel lui explique avec patience et douceur qu’il est là pour faire un peu de musique, si elle est d’accord bien sûr.

Bon, ben, puisqu’il est là…ben d’accord alors… Elle s’installe dans son fauteuil, et elle écoute. Lionel propose une première musique, puis une autre…des chansons populaires pour elle, à l’accordéon ou à la guitare, un morceau classique de Mozart, à l’accordéon, pour faire plaisir à son mari. Lionel a aussi pris les paroles, on chante ensemble Brassens, Brel, Dassin, petites-filles et grands-parents rassemblés dans le salon autour du musicien.

Elle est heureuse, tape le rythme sur son accoudoir, fredonne… Des souvenirs lui reviennent à l’esprit, en boucle : son père, enseignant et directeur du chœur du village, sa maman qui tenait le restaurant, le piano au fond… Certains mots ont de la peine à venir ou sortent en suisse-allemand, comme le « schwyzerörgeli » maintes fois répété…

Après trois-quarts d’heures de musique, dans un moment d’intimité familiale un peu hors du temps, Lionel repart et nous aussi, peu de temps après.

Nous laissons les grands-parents avec les notes qui résonnent dans leur tête et dans leur cœur. C’est la dernière fois que j’ai vu ma grand-maman vraiment heureuse.

 

Hier, Lionel est venu rendre un tout dernier hommage à Oma lors de la cérémonie funéraire. Il a joué deux morceaux à l’accordéon, deux morceaux qui lui ressemblaient, doux, mélodieux. Merci pour elle, merci pour nous !

 

Marie-Noëlle, 14 juillet 2016